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Réinventons nos futurs

Campagne 2023

En collaboration avec le GSARA

Edito

Bien que la thématique du climat mobilise une partie du public et qu’elle suscite pas mal d’émotions auprès des jeunes[1], beaucoup de personnes ne se sentent pas réellement concernées et/ou n’ont pas les informations de base pour pouvoir se positionner sur cette question.

C’est particulièrement le cas dans les couches de la population les plus précarisées. Celles-là n’ont pas toujours le temps de se soucier de « la fin du monde », ils sont davantage dans l’urgence de s’occuper de « la fin du mois ».

Pourtant, partout dans le monde, et en Belgique aussi, ce sont les populations les plus démunies qui sont et seront les plus frappées par l’impact du changement climatique. Dans les pays riches, les ménages précaires sont les plus affectés par la pollution de l’air, car ils habitent en périphérie des grandes villes, proches des pires sources de pollution, avec peu d’espaces verts.

Lors des inondations de juillet 2022 à Verviers, les maisons les plus impactées étaient évidemment celles proches de l’eau. Des quartiers où résident majoritairement des personnes avec des revenus plus faibles, alors que les habitants plus aisés vivent plutôt sur les hauteurs.

Alors qu’elles sont les plus touchées par les changements climatiques, ces personnes pauvres sont aussi celles qui y contribuent le moins, c’est-à-dire que leur empreinte carbone est beaucoup moins élevée que celle des personnes plus riches.

C’est pourquoi on parle de justice climatique, afin de veiller à ce que les mesures prises pour contrer le changement climatique tienne compte de ces données et n’accentuent pas encore plus les inégalités sociales et l’injustice climatique.

[1] Selon un sondage du Forum des jeunes, 41% des jeunes Belges francophones interrogés ressentent de l’éco-anxiété et de la peur liées au changement climatique. Voir Récap de la rencontre#1 avec Education4Climate ! - Forum des Jeunes

Réfléchir avec les personnes les plus concernées

Comment mettre en œuvre à la fois cette justice sociale et climatique ? Comment faire en sorte que les mesures pour contrer le réchauffement climatique ne soient pas imposées d’en haut, sans tenir compte des constats décrits plus haut ?

À travers cette campagne d’éducation permanente, nous voulons susciter la réflexion critique autour des solutions à envisager pour repenser notre modèle de société… Nous voulons encourager différents groupes citoyens, de différentes régions, classes sociales et culturelles et de différentes générations, à se projeter dans un avenir proche (10 ou 15 ans) et à imaginer des alternatives.

L’idée est de partir de leurs représentations pour aller plus loin et voir comment elles se situent dans ce débat.

D’où l’idée de confronter des pistes de mesures contre le changement climatique avec le quotidien de ces personnes, de les « tester », de les mettre en situation… Histoire de voir les limites de ces pistes, de les confronter aux différentes réalités sociales et culturelles (on ne va pas vivre les contraintes carbone de la même manière en milieu populaire et en milieu aisé), de voir dans quelle mesure elles sont réalistes et adaptables en fonction de différentes réalités. Et voir ce qu’elles peuvent contenir comme risques au niveau de la justice sociale, de la démocratie et du contrôle social permanent.

Au final, il s’agit de se plonger dans une vision de l’avenir et si possible de dépasser les visions catastrophistes pour inventer des possibles… Toujours en veillant à récolter plusieurs points de vue, en essayant de rester le moins technique possible mais le plus « pédagogue ».

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Choisir un mode d’expression en phase avec les personnes concernées

À l’origine du projet, il y avait aussi l’intention de donner un outil d’expression aux personnes,  afin de faire passer leurs idées vers un public plus large.

Pour ce faire, nous avons voulu laisser le choix aux groupes qui participent à la campagne : que cela soit en radio, en vidéo ou via une autre forme, peu importe… L’idée est de donner confiance aux personnes, de leur montrer que leurs avis comptent et qu’ils sont légitimes.

Le GSARA, notre partenaire dans cette campagne, a déjà une longue expérience en la matière.

Avancement du projet

Durant toute l'année, nous avons travaillé avec deux groupes dans la région de Charleroi, un habitat collectif à Couillet et un groupe du CPAS de Marchienne-au-Pont.

 

Quand Charleroi devient VanManiet4

Le premier groupe avec lequel nous avons travaillé a été l’habitat solidaire de Couillet. Organisé par le CPAS de Charleroi, il rassemble des personnes qui veulent faire l’expérience d’une vie en communauté, basée sur des liens de solidarité, sur une prise de décision démocratique et sur la réalisation de projets en lien avec le quartier ou avec la société.

Nous avons commencé par quelques séances de réflexions philosophiques sur les grandes questions autour de l’évolution des humains à travers les différentes civilisations, sur le progrès technique et ses conséquences, sur la manière dont le capitalisme s’est imposé dans le monde, sur la manière de le combattre, sur les formes de société alternatives, sur la malbouffe, sur les liens sociaux, sur l’organisation démocratique et la prise de décision, sur les alternatives pour contrer le changement climatique… Ensuite, on a mixé tout ça pour en faire des podcasts[1].

Suite à toutes ces réflexions, l’idée d’un récit post-apocalyptique s’est rapidement imposée au groupe. En s’inspirant de ce qu’ils vivent dans leur habitat solidaire, les participants ont imaginé leurs avatars dans un futur post-apocalyptique. Le décor s’est peu à peu construit de manière collective :  à Charleroi -rebaptisée VanManiet4- comme à Bruxelles, une élite a pris le pouvoir et utilise l’intelligence artificielle pour installer une société hyper autoritaire et contrôlante. Autour des villes, des groupes de citoyens survivent de manière la plus autonome possible, dans des communautés qui ressemblent à des ZAD (zones à défendre). Ces citoyens épris de liberté ont dû réinventer une nouvelle société à cause de la raréfaction des ressources et de la disparition des sources d’énergie fossile. Grâce à la récup, au troc, à l’agriculture paysanne, à l’élevage et à une organisation horizontale, ils parviennent tant bien que mal à garder leurs valeurs et leurs goût de la fête. L’histoire prend forme et raconte comment un jeune citoyen de Bruxelles parvient à s’échapper de son univers totalitaire pour finalement rejoindre le groupe des zadistes carolos, après bien des péripéties.

Au niveau de la forme, le groupe a choisi le format d’une BD crée sur base de photos retravaillées en dessins. Alors que le scénario est bien ficelé et terminé, la réalisation graphique prend plus de temps et nécessite pas mal de manipulations techniques à l’aide de différents logiciels. Bientôt plus d’infos sur ce site pour découvrir le récit en images ! 

[1] Vous pouvez écouter les 5 podcast ici : Un monde (pour) demain ? - GSARA Charleroi

A Marchienne, on change le passé pour assurer un futur viable !

Avec le groupe du CPAS de Marchienne-au-Pont, nous sommes partis des besoins jugés fondamentaux (manger, se chauffer, se loger, se déplacer, se vêtir, libertés). Le groupe a cherché des alternatives qui permettraient d’assurer ces besoins dans un monde où les énergies fossiles deviendraient plus rares et plus chères. Petit à petit, nous avons imaginé un scénario uchronique : nous nous situons en 2050 dans un monde plus angoissant, avec des phénomènes climatiques de plus en plus extrêmes, des réfugiés climatiques de plus en plus nombreux, des inégalités sociales qui se creusent… Pour modifier ce destin tragique, nous trouvons le moyen de voyager dans le temps et de retourner en 2023. Notre vaisseau se trouve au Rockerill, un espace culturel installé sur le site des anciennes forges de la Providence à Marchienne. C’est dans ce « vaisseau » que nous avons invité des personnalités de 2023 qui ont des solutions pour atténuer le changement climatique et pour s’y adapter, tant qu’il en est encore temps :

  • Fabienne Marchal et Manon Droulez (de Cociter et Clef) sont venues nous parler des coopératives citoyennes d’énergie ;
  • Geoffrey Van Moeseke, professeur à l’UCL, nous a parlé de l’expérience « slow heat » menée par des citoyens en 2023, qui ont testé un mode de vie plus sobre en chauffage ;
  • Brigitte Gloire, qui a longtemps travaillé pour Oxfam en tant qu’experte sur le climat, nous a parlé des enjeux de 2023 et de la manière dont les citoyens peuvent agir en faveur du climat ;
  • Christophe Carlier du CPAS de Charleroi nous a présenté les activités du jardin de Zoé et des solutions low tech qu’ils mettent en place pour atteindre une autonomie alimentaire ;
  • Denis Clérin de l’association AchACT nous a parlé des impacts sociaux et environnementaux liés à la fast fashion et des alternatives ;
  • Charlotte Lemercier nous a présenté les projets de la Ceinture alimentaire de Charleroi Métropole ;
  • Philippe Hensmans, ex-directeur d’Amnesty Belgique, nous a exposé les menaces que fait peser l’IA sur les droits humains et les libertés fondamentales ;
  • Benoît Macq, professeur à l’UCL, nous a parlé des avantages de l’IA en matière de santé ;
  • Lola Broumiche de la société Waste End nous a expliqué comment créer de l’énergie à partir de déchets alimentaires ;
  • Et enfin Blandine Granchamps nous a montré comment le repair café pouvait faire durer les objets plus longtemps.

À travers ces témoignages, la vision d’un futur un peu moins noir se dessine : un futur où les solidarités sont toujours de mise, où tout n’est pas remplacé par l’IA même si celle-ci peut s’avérer bien utile notamment en matière de santé, un futur où les citoyens reprennent en main la manière dont ils se nourrissent, se soignent, se déplacent, se chauffent, s’habillent…

Au final, le groupe reste partagé face à ces solutions et face à un avenir jugé menaçant. Mais le fait même de faire cet exercice, de se poser ces questions a permis à chacun de réfléchir à ses propres solutions.

Bientôt sur ce site : les séquences vidéo et les podcasts issus des discussions entre participants.

Intéréssé.es ?

Si ce projet vous parle et que vous désirez y participer, n’hésitez pas à nous contacter !